La vie et les caractéristiques du nosecniski pas: portage, apprentissage de la marche et perspectives anthropologiques

Dans L'Arrache-coeur de Boris Vian, Clémentine veut empêcher ses enfants de marcher :« Clémentine ne voulait pas qu'ils marchent. Marcher, c'était tomber, se salir, se blesser, s'éloigner. ». Et pourtant… Depuis le début de la bipédie chez l'humain, le petit d'Homme doit apprendre progressivement à passer du portage à la marche autonome. Quelles sont les différentes étapes et facettes de cet apprentissage universel ? Le sujet est si vaste que nous ne pouvons le traiter de façon exhaustive… Toutefois, nous aborderons quelques points essentiels.

Anthropologie et histoire du portage

D'après les catégories définies par le Docteur Bernard HASSENSTEIN en 1970, il existe des différences entre les „nidicoles“ et les „portés“ :

  • - nombres de mammifères sont nidicoles, ils habitent un nid. Pour ne pas attirer les prédateurs ils restent silencieux, se lovant dans le nid où ils se sentent en sécurité et peuvent rester de longues durées seuls grâce à la composition rassasiante du lait de leur mère ;
  • - a contrario, le petit humain est un porté : son nid est le corps de sa mère qui le porte. Lorsque celle-ci s'éloigne, le bébé est programmé pour pleurer : il a besoin d'être porté pour se sentir en sécurité. De plus, le lait maternel est rassasiant pour de courtes durées. Le petit enfant porté à des réflexes d'agrippement au niveau des mains et des pieds.

Or, dans son livre : Porter bébé, Claude-Suzanne DIDIERJEAN-JOUVEAU écrit : « Tout se passe comme si, en Occident, l'Homme s'était transformé en nidicole, mettant ses petits dans des nids plus ou moins douillets. Le problème c'est que les besoins des bébés, eux, n'ont pas changé. Et que le berceau dont ils ont besoin c'est le berceau qui marche, constitué par le corps de leur mère. ». En effet, si le portage est universel, sa pratique diffère selon l'histoire et les cultures.

Pour s’aider à porter son enfant, l'homme crée le porte-bébé. L'Homme noue une peau animale en bandoulière autour de son buste pour y placer son nouveau-né. Tout au long de l'histoire, l'iconographie s'enrichit d'images et de statues représentant le portage d'un enfant, telle cette scène de la Grèce antique : Cratère à colonettes, Padula, Museo Archeologico T.xliii. Dessin V. Dasen. On porte aussi l'enfant à partir de paniers portables soutenus sur le dos.

C’est en 1733 que le duc de DEVONSHIRE demanda à William KENT de construire un moyen de transport pour ses enfants : la poussette était née ! Le portage „kangourou“ sera réhabilité en Occident seulement en 1979 grâce à une expérience effectuée dans un hôpital de Bogotá en Colombie. Si le portage est universel, la façon de porter diffère selon les cultures et la géographie :

  • - ainsi, dans les cultures qui travaillent la terre ou dans les hauts sommets, on porte l'enfant sur le dos ;
  • - on porte des enfants sur le côté dans les cultures qui vivent du commerce dans les milieux plus tempérés ;
  • - en Occident, depuis la fin des années '70, on prolonge la grossesse par le portage ventral.

Le portage de la naissance aux premiers pas

Développement de la marche : voici un tableau synthétique des principales étapes de la marche chez l’enfant de 0 à 5 ans.

Âge approximatifÉtapes de la marche / motricitéCaractéristiques principales
0 - 6 moisPré-motricitéRéflexes (marche automatique), mouvements non coordonnés, tonus en développement
6 - 9 moisStation assise et appuisTient assis, commence à se redresser avec appui, pousse sur les jambes
9 - 12 moisPremiers déplacementsRampe, quatre pattes, se met debout avec appui, débuts du « cruising »
12 - 15 moisPremiers pasMarche avec aide puis seul, pas hésitants, base large, bras en « balancier »
15 - 24 moisMarche autonome amélioréeMeilleure stabilité, marche plus rapide, commence à courir, montée d'escaliers avec aide
2 - 3 ansCoordination en progrèsCourse plus fluide, monte/descend escaliers, commence à sauter à pieds joints
3 - 4 ansMaîtrise motrice globaleMarche stable, peut sauter sur un pied, meilleure coordination bras/jambes
4 - 5 ansMarche matureDémarche proche de l’adulte, équilibre et coordination affinés, activités motrices complexes

Le portage est considéré comme physiologique et n’entrave pas l’apprentissage de la marche. Soraya CHANUDET, orthophoniste et monitrice de portage, rappelle que, dès la naissance, on teste le réflexe de marche de l'enfant afin de voir s'il est « câblé » neurologiquement. Cependant, l’enfant a besoin d’être soutenu car il n’a pas encore assez de tonus musculaire pour faire ses premiers pas seul : il faut le soutenir. Chez l’Humain, la marche est volontaire et nécessite un apprentissage.

Au XXe siècle, le portage en écharpe connaît un regain en Occident. Des études récentes en neurosciences ont prouvé que porter son enfant répond à des besoins essentiels, favorisant un attachement rassurant et une exploration plus sûre de l’environnement par le bébé. Le portage facilite les interactions et stimule la curiosité en rapprochant le bébé du quotidien familial. La limite majeure reste le poids du bébé, qui incite l’enfant à s’affranchir du portage et à découvrir le monde seul.

Les éléments biologiques et énergétiques du portage et de l’apprentissage

Des analogies avec des organismes vivants et leurs capacités d’adaptation peuvent éclairer l’étude du développement humain. Par exemple, des animaux comme la méduse Turritopsis dohrnii démontrent la capacité de rajeunir et de se réinitialiser, et les tardigrades résistent à des conditions extrêmes par des mécanismes moléculaires spécifiques. Bien que ces exemples ne soient pas directement liés à l’apprentissage de la marche humaine, ils illustrent l’importance des mécanismes cellulaires et moléculaires qui soutiennent la résilience biologique et les capacités d’adaptation dans des contextes variés. Des chercheurs explorent l’utilisation de protéines tardigrades et de tréhalose pour mieux conserver des tissus humains, intrigant les perspectives médicales et biotechnologiques.

Carte culturelle du portage et des usages du portage à travers les civilisations

En parallèle, se pose la question des risques et bénéfices du portage chez l’humain moderne. Les connaissances actuelles confirment que le portage ne retarde pas l’acquisition de la marche et peut même favoriser la sécurité, l’attachement et la régulation sensorielle et émotionnelle du jeune enfant. Des observations et des expériences soulignent que le portage intime et rapproché aide l’enfant à explorer le monde avec moins d’anxiété et plus de confiance, ce qui peut influencer positivement les premiers pas et l’autonomie.

Le rôle des dispositifs et du contexte

La problématique contemporaine du portage inclut le développement des porte-bébés et des accessoires adaptés, reflétant des approches variées à travers les cultures et les époques. Différentes marques et modèles de ceintures et de supports (Thuasne, Carriwell, Booshee, OT-20) illustrent la diversité des options pour le soutien ventral et pelvien pendant la grossesse et après l'accouchement, et expliquent comment le portage peut préparer et faciliter la transition vers la marche autonome. Les conseils pratiques portent sur le choix du type de ceinture (ventral ou pelvienne), l’ajustement, l’habillement et les usages après l’accouchement pour soutenir le rétablissement et la posture.

Schémas montrant les zones de soutien d’un porte-bébé et d’un bandeau pelvien

La bonne utilisation des dispositifs est essentielle. Le placement et le réglage correct du pas ou du soutien pelvien permettent d’optimiser le confort, de préserver la respiration et d’éviter les inconforts. Des recommandations d’experts insistent sur le fait de placer le soutien au moment opportun (deuxième et troisième trimestre, puis post-partum selon les besoins) et d’adapter le niveau de compression à la morphologie et au confort de la femme enceinte.

Influence culturelle et pédagogique

Les approches culturelles du portage influencent les pratiques éducatives et les périodes d’apprentissage moteur. L’observation des pratiques anciennes et modernes montre que peu de cultures délaissent totalement le portage, mais que les modalités varient selon les tâches quotidiennes, la topographie et les conditions économiques. L’étude comparative des pratiques conforte l’idée que le portage peut être un élément favorable du développement moteur et affectif quand il est intégré de manière adaptée à l’environnement et aux besoins de l’enfant et de la famille.

Technique de nouage position foetus

En parallèle, les recherches sur le peau à peau et les premiers mois de vie montrent que le contact tactile et sensoriel déclenche des processus biologiques qui soutiennent le développement des régulations émotionnelles et sociales, ce qui peut indirectement influencer la dynamique d’acquisition de la marche et de l’autonomie. Le rôle du peau à peau et des premières interactions affectives demeure un élément clé des expériences précoces qui moduleraient ultérieurement l’aisance motrice et l’exploration du monde.

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